de Claude Heymann (1936)
d'après la célèbre pièce de Tristan Bernard

Sortie DVD en OCTOBRE 2009
Adaptation cinématographique : Robert Bresson et Georges Friedland
Administrateur : Robert Guilbert
Dialogues : Jean Alley
Prises de vue : Thirard, Cotteret, Louis Née
Décorateur : Aguettand
Montage : Georges Friedland et Thérèse Sautereau
Avec :
Raimu (Alfred et les deux Achille Beaugérard), Germaine Aussey (Nancy Le Bail), Michel Simon (Labrosse), Suzy Prim (Clémentine Beaugérard), Charlotte Lysès (la mère de Clémentine), Jean Tissier (Roberdet), Mila Parély (Antoinette, la femme de Nancy), Pierre Finaly (l'avocat de la compagnie), J. Bousquet (l'oncle à héritage), Marcel Maupi (le garde du corps), Georges Paulais (le médecin aliéniste), Piérade, Mansuelle, L. Masset, M. Milhaud, P. Velsa, Genevieve Sorya, Three Notes Singers, René Génin

Versions :
VO et sous-titrage anglais
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Résumé
1890.
Brighton. Alfred Beaugérard petit bourgeois désargenté, vient d’avoir deux
jumeaux. Il n’en avoue qu’un à son oncle d'Amérique, riche propriétaire de la
Compagnie Franco-américaine de Navigation, car celui-ci envisage de faire de son
petit-neveu son héritier à la condition qu'il reste fils unique. Alfred
Beaugérard prénomme les deux jumeaux Achille. L'un sera élevé aux USA et
deviendra le directeur de la compagnie maritime, l'autre sera confié à une
nourrice au Havre. Il deviendra avocat.
Mais, l’oncle avait signé un contrat d'association avec un certain Capitaine Le Bail, un "rêveur", qu’il avait bien décidé de spolier.
Quarante ans plus tard, la fille de Le Bail, Nancy, intente un procès devant le tribunal du Havre pour récupérer son bien. Elle choisit pour défendre sa cause un avocat au Havre, Achille Beaugérard, . Modeste, timide, et pourtant redoutable à la barre, cet Achille est dominé par son épouse Clémentine et sa belle-mère. A la veille du procès, l'autre Achille Beaugérard, directeur de la Compagnie, débarque au Havre. Lui est un vrai chef d’entreprise, toujours accompagné d'un garde du corps, célibataire et séducteur. Les jumeaux qui ne se connaissent pas et que les tiers ne distinguent pas et vont se croiser sans cesse, dans un festival de quiproquos. L’avocat respectueux qu'a désigné Nancy se transforme soudain en séducteur entreprenant. Clémentine, croyant toujours avoir affaire à son mari docile, menace-t-elle se se laisser séduire par un beau militaire ? Elle y est encouragée avec muflerie: « Le lieutenant, le capitaine, le Commandant, tout le régiment si vous voulez ! » Le contrat d’association entre l’oncle Beaugérard et le père Le Bail, pièce maîtresse du procès, ô combien convoitée, pour être soit présentée, soit dissimulée, voyage de l’un à l'autre des protagonistes. Juste avant le début du procès, convaincues qu’Achille le jumeaux avocat est devenu fou, Clémentine et sa mère le font interner dans un asile d’aliénés. Elles le croient échappé lorsque, quelques minutes plus tard, le jumeaux directeur apparaît. A son tour, le le faux avocat est appréhendé et rejoint le vrai dans l’ambulance. L’un et l’autre n’en croient pas leurs yeux, ni le médecin aliéniste qui, croyant voir double, devient fou et conduit à tombeau ouvert l’ambulance qui s’abîme dans les eaux du port. Sauvés par Roberdet, le parrain de l’avocat, les jumeaux gisent sur un parquet fraîchement encaustiqué. Clémentine et Nancy –celle-ci a succombé aux charmes de l’homme d’affaires- accourent, glissent et tombent chacune sur un Achille qui n’est pas le leur ! Dernière méprise avant cette exclamation des deux gisants : « Nous sommes jumeaux ! ».
La presse de l'époque
La cinématographie française du 31 octobre 1936 – numéro 939
Raimu dans les Jumeaux de Brighton
Vendredi soir à l’Ermitage, Raimu et Michel Simon ont remporté un beau succès personnel lors de la présentation des Jumeaux de Brighton, film tiré de la célèbre pièce de Tristan Bernard. C’est Raimu qui joue le rôle des jumeaux … et de leur père.
Autour de ce jovial meneur de jeu, Michel Simon, Charlotte Lysès et Germaine Aussey complètent la distribution brillante de ce film gai, qui passe à l’Ermitage.

La cinématographie française du 7 novembre 1936 – numéro 940
Caractère du film :
La bouffonne histoire à quiproquos, dont Tristan Bernard est l’auteur, a été adaptée au cinéma dans une forme d’ironie fine et si le développement est un peu lent, les tours ingénieux de l’imbroglio causé par la présence de deux jumeaux qui s’ignorent dans la même ville ont des facettes brillantes auxquelles le public ne résistera pas. Raimu joue trois rôles, très différents, accompagné d’une troupe de premier ordre dont les silhouettes cocasses ne manquent pas. Cette comédie est construite par un maître de théâtre qui n’a pas été trahi par son adaptateur à l’écran, ce qui nous donne un divertissement de la meilleure qualité française.
Scénario :
Beaugérard à qui vient d’échoir deux jumeaux décide de faire élever secrètement l’un d’eux au Havre et d’emmener l’autre à New York pour déférer aux désirs de l’oncle à héritage qui exige un fils unique. Quarante ans plus tard, les deux jumeaux sont victimes successivement de l’imbroglio causé par leur ressemblance inouïe, et le fait qu’ils portent le même nom et sont, l’un avocat d’une cause, l’autre adversaire de cette cause. On ne peut plus, au Havre, rien y comprendre, et la belle-mère de l’avocat Achille Beaugérard le fait enfermer comme fou mais son jumeau vient le rejoindre dans la voiture capitonnée. Tout s’arrange après une noyade imprévue, Achille Beaugérard de New York épousera la jeune fille qui requérait contre lui, et Achille Beaugérard du Havre se réconciliera avec sa femme.
Technique :
Après une exposition un peu lente et qui fait penser que ce sujet aurait pu se traiter en moins de métrage, le film rebondit, prend des traits accélérés de grand comique et par le dialogue, l’image, le « gag » devient un véritable film à sujet vaudevillesque, mais à forme infiniment supérieure au vaudeville. Les cascades et les enchevêtrements de situation et des personnages feront rire, et plusieurs personnages sont bien mis en relief, l’encaustiqueur, l’homme de confiance égaré sur la mer, le pique-assiette.
Interprétation :
Raimu dans son triple rôle est excellent et surtout remarquable en jumeau d’Amérique. Michel Simon campe un ami parasite avec verve et l’on remarque Génin dans une silhouette de frotteur abruti qu’il remplit avec truculence. Suzy Prim joue l’épouse jalouse, Charlotte Lysès la belle mère acariâtre et toutes deux ont un métier infaillible. On admirera la gentillesse de Mira Parély et la plastique de Germaine Aussey.
Mon film
LES SUPPLÉMENTS :
Bande annonce du film
Claude Heymann : Portrait d'un illustre inconnu
Danièle HEYMANN, Jean DREVILLE et Gilles GRANGIER ont participé à ce film tourné au mois de mai 1991 dans le jardin parisien de Claude HEYMANN, décédé en 1994.
Il n'existe aucun autre document filmé sur ce grand personnage qui a consacré sa vie au cinéma.
Ce portrait retrace l'étonnante carrière de 60 ans d'un "touche à tout" du cinéma français. Journaliste, critique, scénariste, réalisateur, producteur puis acteur, Claude HEYMANN a traversé tout le cinéma européen de Nana (1926) de Jean RENOIR jusqu'à Natalia (1989) de Bernard COHN en passant par les films surréalistes de Luis BUNUEL, par Lola Montés de Max OPHULS ou Tirez sur le pianiste de François TRUFFAUT.
Dès les années 20, Claude HEYMANN baigne dans les milieux de l'avant-garde où il côtoie Michel SIMON, Luis BUNUEL, les frères PREVERT, Man RAY puis Jean RENOIR dont il est l'assistant sur Nana (1927).
En 1929, il réalise son premier film Deux balles au cœur et assiste Luis BUNUEL sur son film surréaliste L'âge d'or.
L'année suivante, il participe à l'installation des premiers studios français sonores.
Son nom figure aux génériques de films célèbres tels La chienne de Jean RENOIR (1931), Fantômas (1932) de Paul FEJOS... C'est encore lui qui fait débuter FERNANDEL dans Comme une carpe (1932) de Marc ALLEGRET.
En 1932, il quitte Paris pour Berlin où il supervise les versions françaises de films allemands. De retour en France en 1935, il réalise Les jumeaux de Briqhton avec RAIMU.
A la Libération, il est nommé administrateur des biens cinématographiques allemands et tire de son expérience de la résistance le scénario de Jéricho (Henri CALEF, 1946).
Il part alors pour Rome et devient producteur exécutif d'une vingtaine de co-productions franco-italiennes dont un des premiers films de Michelangelo ANTONIONI I vinti (Les vaincus) en 1951.
Il réalise encore quatre films de 1950 à 1954 dont La belle image d'après Marcel AYME et Victor qui contribue à relancer la carrière de Jean GABIN.
Producteur de Lola Montés (Max OPHULS, 1955), il participe à quelques films de la Nouvelle Vague avant de terminer sa carrière de producteur avec Section spéciale (COSTA-GAVRAS, 1974). Il dirigea l'O.R.T.F. au début des années 70.
Jacques Siclier
Jacques Maréchal directeur des "Grands Films Classiques"
Jacques Maréchal personnage lui même plein d'humour nostalgique, évoque la figure et la carrière extraordinaire d'Edouard Corniglion Molinier (1898-1963), Engagé volontaire en 1914, Gaulliste historique, Compagnon de la Libération, et grande figure de la Quatrième République. Corniglion Molinier fut sénateur et plusieurs fois Ministre. Mais l'homme politique fut aussi un grand mécène du cinéma, qui produisit entre autres "les jumeaux de Brighton", ainsi que le film de cet autre gaulliste historique que fût André Malraux. Avec des anecdotes savoureuses, sur les télescopage entre la politique et le cinéma.